Le 3 janvier 2026, Planet-Score a publié une réponse à notre enquête, parue sur Bon Pote le 12 novembre 2025, intitulée « PlanetScore : l’étiquette qui verdit la viande rouge ? ». Cette réponse estime que notre travail relève de « registre de l’opinion » comportant « de nombreuses inexactitudes factuelles, erreurs de calcul, et sources scientifiques partiales ou controversées ».

Le présent article ne constitue pas une réponse exhaustive – ce serait trop long – mais une réponse rapide à certains des points évoqués par Planet-Score. Après lecture attentive, force est de constater que leur réponse ne répond pas aux principales critiques formulées dans notre article, et que plusieurs de leurs arguments confirment paradoxalement nos préoccupations quant au manque de transparence et de rigueur scientifique de leur méthodologie.

1. Sur les échanges avec Planet-Score

« Les propositions de rencontres qui ont été faites [à Victor Fighiera et moi-même] afin d’échanger directement sur les différents points […] ont été largement ignorées »

👉🏻 Présentation inexacte. Nous n’avons jamais refusé de rencontrer l’équipe de Planet-Score. Nous avons simplement posé comme condition que ces échanges soient enregistrés, afin d’éviter toute accusation ultérieure de déformation des propos tenus. Une date de rendez-vous avait même été convenue, mais c’est finalement Sabine Bonnot, présidente de Planet-Score, qui a annulé cette rencontre pour des raisons d’agenda – ce qui est une raison parfaitement valable, mais qui contredit directement le narratif selon lequel nous aurions refusé tout échange.

Concernant le document de 30 pages transmis par Planet-Score le 15 octobre 2025 : si Planet-Score le souhaite, je suis tout à fait ouvert à l’idée de le publier intégralement sur mon blog. En toute honnêteté, je pense que ce document conforte davantage nos critiques qu’il ne les réfute.

2. Sur l’ACV et le système de « bonus-malus »

« Contrairement à ce qui est affirmé, Planet-Score n’est pas fondé principalement sur l’analyse de cycle de vie (ACV) et n’applique aucun système de ‘bonus-malus’ ».

👉🏻 Clarification nécessaire. À aucun moment notre article n’affirme que Planet-Score serait « principalement » fondé sur l’ACV. Nous écrivons précisément que « sa méthodologie se base sur la méthode standard de l’Analyse de cycle de vie (ACV), mais entend dépasser les limites de celle-ci ». 

Le recours à l’ACV par Planet-Score est explicitement reconnu dans leur propre documentation. Leur note méthodologique utilise l’expression d’« ACV corrigée ». Sur leur site internet, on peut lire à propos de leur méthodologie : « Une partie, minoritaire, est issue des bases de données gouvernementales (Agribalyse® ADEME) » – bases de données fondées sur l’ACV. Cette formulation confirme que l’ACV constitue bien un socle de leur méthodologie.

Le rapport du Conseil Scientifique pour l’affichage environnemental, présidé par l’INRAe et missionné par le gouvernement, souligne également que  « Le Planet-Score s’inscrit totalementdans le cadre de l’ACV, en proposant des ajustements méthodologiques qui s’appliquent, tous, à un ou des indicateurs ACV ». Il fait également usage des termes « bonus-malus ».

Si Planet-Score récuse la terminologie de « bonus-malus », l’opposition semble purement sémantique. Sur le fond, leur note méthodologique décrit un processus où, après normalisation logarithmique du score ACV, « des points sont ensuite ajoutés et enlevés en fonction du respect ou non de certains critères ». C’est précisément ce que l’on entend communément par système de bonus-malus.

3. Sur les émissions d’ammoniac

« Sur l’ammoniac, l’usage de l’eau et l’usage des terresLes sources scientifiques mobilisées par Planet-Score sont explicitement référencées ».

👉🏻 Partiellement vrai. Cette affirmation est contredite par notre expérience directe. Comme nous le soulignons dans notre article, plusieurs données clefs de la méthodologie ne sont pas sourcées. Lors de nos échanges avec Planet-Score, nous n’avons pu obtenir de réponse précise sur la provenance de certains chiffres mentionnés dans leur note méthodologique. Par exemple, nous n’avons jamais obtenu de réponse sur la provenance des 70% à 90% mentionnés ci-dessous.


Planet-Score nous reproche une « erreur mathématique » concernant l’interprétation des données sur le pâturage, affirmant qu’« une simple règle de trois aurait permis d’éviter cette erreur grossière ».

👉🏻 Critique infondée. Nous n’avons jamais remis en question la durée de pâturage mentionnée dans l’étude – ce n’est pas le sujet de notre critique. Notre article met simplement en évidence que, selon l’étude citée par Planet-Score lui-même (rapport CITEPA pour l’ADEME, 2013), l’augmentation du temps de pâturage figure seulement au 8ème rang des actions les plus efficaces pour réduire les rejets d’ammoniac. Cette hiérarchisation, issue de la propre source de Planet-Score, remet en question la pondération accordée à ce paramètre dans leur méthodologie.

Par ailleurs, l’argument de la « règle de trois » est scientifiquement contestable. Il présuppose que les bénéfices seraient strictement proportionnels au nombre de jours de pâturage, ce qui ignore le phénomène bien documenté des rendements marginaux décroissants. Rien dans l’étude citée n’indique une telle proportionnalité linéaire. En réalité, nous ne faisons que mettre en avant les résultats d’une étude que Planet-Score utilise comme justification pour des réductions d’impact bien plus importantes que ce que l’étude suggère réellement.

4. Sur l’indicateur « eau »

Planet-Score affirme : « L’indicateur Eau n’a jamais été supprimé par Planet-score : il fait partie intégrante du référentiel, dont il est l’un des 25 indicateurs ».

👉🏻 Cette réponse entretient une confusion. Notre article ne prétend pas que l’eau est totalement absente du référentiel Planet-Score. Nous pointons spécifiquement le fait que l’indicateur « épuisement des ressources en eau » a été retiré du calcul du score ACV, ce qui est explicitement indiqué dans la note méthodologique de Planet-Score et illustré par un graphique. Les enjeux de l’eau sont certes repris ultérieurement parmi les indicateurs de type bonus-malus, mais c’est précisément ce retrait du calcul ACV initial que nous soulignons.

Capture d’écran issue de la note méthodologique de Planet score. Les croix en bleu correspondent aux indicateurs supprimés par rapport à la méthode ACV.

5. Sur l’usage des terres et la concurrence feed/food

« Planet-Score ne considère nullement que les prairies ne seraient pas un usage agricole des terres : il établit simplement qu’elles ne sont pas en concurrence directe entre alimentation humaine et animale, ce qui est un fait agronomique ».

👉🏻 Cette affirmation est scientifiquement contestable. Contrairement à ce qu’affirme Planet-Score, il existe bien une concurrence entre alimentation humaine et animale concernant l’usage des terres, y compris pour les prairies. Par exemple l’étude de référence de Mottet et al. (2017), publiée dans Global Food Security, estime qu’environ 34,2 % des prairies avec des animaux pourraient être converties en cultures. Cette estimation est d’ailleurs considérée comme conservatrice par plusieurs auteurs, notamment pour les pays riches (Parlasca & Qaim 2022).

6. Sur la biodiversité et Biosyscan

« La méthode d’évaluation de la biodiversité (Biosyscan) mobilisée par Planet-score a été reconnue favorablement par plusieurs instances scientifiques indépendantes ».

👉🏻 Cette affirmation n’est accompagnée d’aucune source ni référence. En l’état, il est impossible de vérifier quelles « instances scientifiques indépendantes » auraient validé Biosyscan, ni dans quels termes. Une telle affirmation, sans élément de preuve, ne peut être considérée comme un argument recevable. Nous pourrions tout aussi bien affirmer que cet article de blog a été « reconnu favorablement par plusieurs instances scientifiques indépendantes, et même par le Conseil galactique et les elfes de Fondcombe ».

Rappelons les faits documentés dans notre article initial : Biosyscan est détenu par le même fonds de dotation que Planet-Score (Solid Grounds Institute) ; sa méthodologie n’a fait l’objet d’aucune publication scientifique avec comité de lecture ; un groupement scientifique composé notamment de l’ADEME et de l’INRAe a conclu que son application n’était « pas compatible » avec les données d’Agribalyse.

7. Sur la pondération de la déforestation

Planet-Score indique : « Concernant la déforestation, ce ne sont pas 4 mais 8 points (sur 100) qui sont affectés [à] cet enjeu ».

👉🏻 Un manque de clarté dans la méthodologie. Nous reconnaissons volontiers une possible erreur de notre part sur ce point. Toutefois, cette erreur illustre précisément le problème de clarté que nous soulevons. Dans la note méthodologique, l’indicateur « Déforestation importée [-4 ; 0 points] » apparaît textuellement à l’identique dans deux sous-parties distinctes (« Santé des écosystèmes » et « Respect du climat et des saisons »), sans qu’aucune mention ne précise explicitement qu’il faille comptabiliser cet indicateur deux fois.

Capture d’écran issue de la note méthodologique de Planet-score

Cette ambiguïté confirme notre critique principale : la méthodologie de Planet-Score manque cruellement de clarté, rendant impossible toute vérification indépendante des calculs.

8. Sur le méthane

« le méthane n’est pas le paramètre le plus influent, et de loin, dans les évaluations environnementales globales » et que « le climat […] représente en effet en moyenne 20% des notations ».

👉🏻 Encore une minimisation. La section de la réponse de Planet-Score consacrée aux enjeux climatiques reproduit exactement ce que nous lui reprochons : minimiser l’importance du méthane. Ce genre de logique ressemble dangereusement aux discours climato-sceptiques arguant que la France n’émet que 1% des émissions de gaz à effet de serre et donc que ce n’est pas à elle de faire des efforts. 

Cette minimisation de l’enjeu climatique dans un outil d’évaluation environnementale est problématique au regard du consensus scientifique sur l’urgence de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Par ailleurs, il s’agit là encore d’une affirmation non sourcée. 

9. Sur le « consensus scientifique »

Planet-Score semble remettre en question l’usage de l’expression « consensus scientifique » dans notre article, affirmant qu’elle serait « utilisée à mainte reprise pour clore des débats qui pourtant sont vifs ».

👉🏻 Hors de propos. Rappelons qu’un consensus scientifique existe bel et bien sur de nombreux sujets. L’origine anthropique du changement climatique, par exemple, fait l’objet d’un tel consensus : même si quelques scientifiques continuent de la contester, l’écrasante majorité de la communauté scientifique s’accorde sur cette réalité. Remettre en cause ce type de consensus est d’ailleurs une stratégie classique des lobbies industriels cherchant à retarder l’action climatique. De même, l’impact environnemental élevé de la viande rouge par rapport aux alternatives végétales fait l’objet d’un large consensus (Poore & Nemecek 2018) dans la littérature scientifique.

10. Sur l’usage du PRG*

Planet-Score répète dans sa réponse la même citation tronquée du Haut Conseil pour le Climat que nous avions identifiée comme problématique. Planet-Score cite : « le PRG* reflète mieux la contribution des émissions des différents gaz à effet de serre sur l’élévation des températures ».

👉🏻 Cherry picking. Le même rapport précise explicitement – et Planet-Score omet systématiquement cette partie : « la mise en œuvre du PRG* n’est pas adaptée à des analyses en cycle de vie ou des calculs d’empreinte carbone, puisqu’une baisse des émissions pendant plusieurs décennies donne une valeur négative au PRG* ce qui conduirait à favoriser la consommation de produits rejetant du méthane dans l’atmosphère, dès lors que ces émissions diminueraient ».

C’est précisément l’usage que fait Planet-Score du PRG* : des calculs d’empreinte carbone dans le cadre d’analyses en cycle de vie. Cette citation sélective constitue un cas manifeste de cherry-picking scientifique. Le PRG* peut être pertinent dans certains contextes – nous ne le contestons pas – mais il n’est pas adapté aux calculs d’empreinte carbone tels que les pratique Planet-Score.

11. Sur l’absence de réponse aux critiques de Valérie Masson-Delmotte

Il est notable que Planet-Score ne réponde pas aux critiques formulées par Valérie Masson-Delmotte, co-présidente du groupe I du GIEC de 2015 à 2023, qui dénonce dans notre article « une présentation biaisée de l’état des connaissances liées aux émissions de méthane, sous une forme prétendument scientifique ». Cette absence de réponse aux critiques d’une experte mondiale des questions climatiques est préoccupante.

12. Sur la genèse de Planet-Score et la reproductibilité des calculs

« Planet-score n’a pas été conçu par l’ITAB, qui n’a jamais détenu le savoir-faire ni les algorithmes. […] Monsieur Emeric Pillet n’a donc aucune raison de savoir calculer des notations Planet-score ».

👉🏻 Une affirmation qui confirme nos craintes. Nous présentons nos excuses si nous nous trompons sur le rôle exact de l’ITAB. Cependant, cette clarification va précisément dans le sens de notre critique principale. L’ITAB a « incubé »* le projet selon les propres termes de Planet-Score. Pourtant, le directeur de cet institut n’est pas en mesure de reproduire un score avec la formule indiquée dans la note méthodologique. Cet aveu est inquiétant : il confirme que même des collaborateurs historiques ne peuvent pas vérifier les calculs.

Pire encore, Planet-Score invoque la « propriété intellectuelle » pour garder secrets certains algorithmes, notamment celui de l’indicateur pesticides (le plus important malus, jusqu’à -25 points). Comment vérifier la robustesse d’un calcul dont la formule reste secrète ?

*Nous sommes en mesure de nous interroger sur l’honnêteté de cette réponse. En effet dans le communiqué de presse de l’ITAB du 13 juillet 2021, il est clairement écrit : « L’ITAB, Sayari et Very Good Future ont remis à l’Ademe et au ministère de la Transition écologique leur proposition d’affichage environnemental des produits alimentaires, le “Planet-score” » 

13. Sur l’ACV et ses alternatives

Planet-Score réitère ses critiques vis-à-vis de l’ACV, qualifiée de « technique de calcul comptable notoirement inadaptée aux produits issus du vivant ». 

👉🏻 Une affirmation extrêmement controversée. L’ACV présente des limites reconnues, que nous avons évoquées dans notre article. Nous sommes tout à fait ouverts à l’idée de les dépasser par de meilleures méthodes. Toutefois, l’ACV demeure la méthode de référence dans la littérature scientifique pour évaluer l’impact environnemental des produits alimentaires. Les études les plus citées (Poore & Nemecek, 2018 ; Clark et al., 2020) s’appuient sur cette méthodologie. Les instances internationales, dont le GIEC, y font régulièrement référence. Précisons également que lors de la courte revue de littérature que nous avions faite lors de la rédaction de notre article article pour Bon Pote, nous n’avions pas de trouvé de papier scientifique affirmant que la méthode ACV était inadaptée, seulement qu’elle devait être améliorée pour mieux prendre en compte certains aspects propres à l’alimentation.

Les limites de l’ACV font l’objet de travaux d’amélioration constants. L’outil Ecobalyse, développé par les pouvoirs publics français, intègre des compléments pour mieux prendre en compte certains enjeux. Ce qui différencie ces démarches de Planet-Score, c’est la transparence. Les choix méthodologiques d’Ecobalyse sont publics, documentés, et ouverts à la consultation. À l’inverse, Planet-Score refuse de publier certains algorithmes et n’a soumis sa méthodologie à aucune revue scientifique.

L’ambition de dépasser les limites de l’ACV est louable. Mais les intentions ne suffisent pas : encore faut-il que les méthodes alternatives soient elles-mêmes rigoureuses, transparentes et vérifiables. Ce n’est pas le cas de Planet-Score.

14. Sur l’évaluation par les pairs

Planet-Score relativise l’importance de l’évaluation par les pairs (peer review), évoquant ses « limites structurelles » et son caractère « conservateur ». 

👉🏻 Une critique pour s’affranchir de toute validation scientifique. En tant qu’auteur ayant publié plusieurs travaux dans des revues académiques et ayant fait de première main l’expérience de certaines failles du système d’évaluation par les pairs, je suis pleinement conscient de ses imperfections. 

Pour autant, des critiques légitimes de ce système ne sauraient justifier de s’affranchir de toute validation scientifique. Malgré ses imperfections, le peer review demeure « le mécanisme le moins mauvais » dont dispose à ce jour la communauté scientifique pour garantir un niveau minimal de rigueur et de fiabilité. Il permet notamment de détecter des erreurs méthodologiques, de vérifier la cohérence des raisonnements et d’assurer une forme de traçabilité des affirmations scientifiques.

Plus fondamentalement, la critique d’un système imparfait ne peut être employée pour justifier le recours à des pratiques encore moins rigoureuses ou transparentes. C’est pourtant précisément ce que fait Planet-Score : en invoquant les limites du peer review, l’organisation justifie l’absence totale de soumission de sa méthodologie à une quelconque évaluation scientifique indépendante. 

Cette posture épistémologique est problématique. Si les failles d’un dispositif de contrôle suffisaient à légitimer son abandon, alors toute forme de régulation deviendrait impossible. La démarche scientifique repose précisément sur l’acceptation de soumettre ses travaux au regard critique d’autrui – non parce que ce regard serait infaillible, mais parce qu’il constitue un garde-fou contre l’auto-validation et les biais de confirmation.

15. Sur les intentions prêtées aux auteurs

Planet-Score conclut en nous prêtant des intentions caricaturales : « Les auteurs souhaitent ardemment convaincre que la ‘viande rouge’ devrait en toutes circonstances être notée D ou E […] Doit-on comprendre que tous les produits végétariens ou vegans devraient être en Planet-score ‘vert’ ? »

👉🏻 Une déformation de nos propos. Notre article porte spécifiquement sur la viande rouge, dont l’impact environnemental élevé fait l’objet d’un large consensus scientifique. Nous n’avons jamais affirmé que tous les produits végétaux devraient systématiquement obtenir de bonnes notes.

Ce que nous contestons, c’est qu’une méthodologie conduise à attribuer des notes A ou B à de la viande de bœuf alors que les travaux de référence (Poore & Nemecek, 2018) montrent que même les meilleures productions bovines ont un impact supérieur à la moyenne des productions végétales de protéines. 

Sur ce graphique issu des travaux de Poore & Nemecek, il apparaît clairement que les productions animales (même les plus vertueuses), et notamment le bœuf, ont un impact environnemental démesuré par rapport aux productions végétales.

Sur le graphique fourni par Planet-Score au journal Le Monde, le bœuf obtient une note médiane de C, devant la volaille et le porc – un résultat contre-intuitif au regard de la quasi-totalité des études scientifiques.

Répartition des notes de Planet-score selon différents produits. La note médiane de Planet-score pour le bœuf est “C”, et plusieurs références obtiennent même les notes “B” ou “A” [NDLR : nous entourons], au même titre que certains produits végétaux. Même issu de l’élevage extensif, le bœuf demeure pourtant l’un des aliments ayant le plus fort impact sur l’environnement selon le consensus scientifique. Source du graphique : Le Monde, d’après Planet-score. 

Nous reconnaissons qu’une heuristique simpliste (« végétal = toujours bon ») serait erronée. Mais cela n’invalide pas le constat que la végétalisation de l’alimentation constitue l’un des leviers les plus efficaces pour réduire l’empreinte environnementale alimentaire. Les quelques systèmes d’élevage vertueux ne doivent pas occulter le fait que l’immense majorité de la production animale demeure intensive et à fort impact.


Planet-Score suggère également que notre tribune aurait été publiée « peu après la fin de la consultation publique sur Ecobalyse », ce qui « interroge[rait] ».

👉🏻 Procès d’intention. Notre travail d’enquête a débuté en juillet 2025 et les délais s’expliquent par les nombreuses interviews réalisées. Surtout cet argument est particulièrement douteux, car il aurait au contraire été plus louche si nous avions publié AVANT la fin de la consultation pour influencer celle-ci !

Si nous avons un avis plus favorable sur Ecobalyse que Planet-score, c’est pour des raisons objectives : transparence méthodologique, vérification par des institutions publiques reconnues, absence de conflit d’intérêts commerciaux, etc. Comme le révélait un récent article de Mediapart, les modalités de financement de Planet-Score soulèvent des questions sur de possibles conflits d’intérêts.

Conclusion

La réponse de Planet-Score, loin de dissiper nos préoccupations, les confirme en grande partie. Les questions centrales demeurent sans réponse : comment sont calculés précisément les bonus et malus ? Quelles instances scientifiques indépendantes ont validé la méthodologie ? Pourquoi les calculs ne sont-ils pas reproductibles ?

Planet-Score invoque la « nuance » et la « rigueur scientifique ». Mais la rigueur scientifique implique la transparence des méthodes, la reproductibilité des résultats et la soumission au regard critique des pairs. En refusant de publier sa méthodologie dans des revues scientifiques, en invoquant la « propriété intellectuelle » pour garder secrets certains algorithmes, Planet-Score s’écarte des standards de la démarche scientifique qu’il prétend incarner.

Nous invitons sincèrement les lecteurs et lectrices à consulter directement la méthodologie de Planet-Score sur leur site internet. La lecture attentive de ce document, avec ses nombreuses données non sourcées et ses zones d’opacité assumée, est sans doute plus éloquente que tout ce que nous pourrions écrire.

Tom Bry-Chevalier et Victor Fighiera

Références

Clark, M. A., et al. (2020). Global food system emissions could preclude achieving the 1.5° and 2°C climate change targets. Science, 370(6517), 705-708.

Conseil Scientifique (2021). L’Affichage Environnemental des Produits Alimentaires – Rapport du Conseil Scientifique. Ministère de la Transition Écologique, ADEME.

Haut Conseil pour le Climat (2025). Rapport annuel 2025. Paris.

Mottet, A., et al. (2017). Livestock: On our plates or eating at our table? A new analysis of the feed/food debate. Global Food Security, 14, 1-8.

Parlasca, M. C., & Qaim, M. (2022). Meat consumption and sustainability. Annual Review of Resource Economics, 14, 17-41.

Poore, J., & Nemecek, T. (2018). Reducing food’s environmental impacts through producers and consumers. Science, 360(6392), 987-992.

Xu, X., et al. (2025). Global greenhouse gas emissions from animal-based foods. Nature Food, 6, 183-195.

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